La compagnie TK s’est invitée sur la scène de la salle polyvalente du lycée Honoré d’Urfé pour interpréter les deux premières parties de la pièce Marie, le reste c’est de la poésie. Une expérience artistique bouleversante, une plongée dans les méandres de la mémoire et de la reconstruction. A travers la danse, le texte et la musique, les deux artistes Cécile Thery et Sabrina Lorre nous livrent un récit inspiré de faits réels, une histoire intense et poignante.
Un corps en lutte, une mémoire fragmentée
Le travail sur l’état de corps est saisissant. La danseuse explore les extrêmes, passant de la fluidité à la convulsion, comme si quelque chose se brisait à l’intérieur. Les mouvements, parfois déséquilibrés et difficiles à tenir, expriment un mal-être profond, une brutalité qui se disloque.
Dans le spectacle, la danseuse a souhaité incarner trois entités : Marie, la petite fille qui raconte son histoire sans jugement, Vermine, l’adolescente en proie à la colère, et Madame, la femme adulte qui tente de se reconstruire. Ces trois âges d’une même personne se succèdent, formant une sorte d’explosion, un cri intérieur. L’histoire, trop intense, provoque une forme d’amnésie, un oubli sélectif. La narration, parfois fragmentée, reflète cette mémoire traumatisée. Le spectateur est invité à reconstituer les morceaux du puzzle et à ressentir l’intensité de ce vécu.
L’écho des silences brisés
Le spectacle aborde frontalement le tabou de l’inceste et du viol, un sujet longtemps tu. La honte, la difficulté à en parler, sont autant de thèmes explorés. Il est impératif de rappeler que la culpabilité incombe exclusivement à l’agresseur, et qu’aucune circonstance ne saurait justifier de tels actes. La honte devrait absolument changer de camp. Les arts tels que la danse, le théâtre, la musique ou encore la poésie peuvent être utilisés comme médiums politiques pour traiter de différents sujets à la fois communs et d’autres un peu plus sensibles. Cependant, tout dépend de la sensibilité de chacun.
L’affiche, une déchirure intérieure
L’affiche du spectacle, déchirée, représente-t-elle le cœur, le corps, une identité brisée ? Chacun est libre d’interpréter cette image à sa manière. Le bruit de la déchirure résonne comme un cri, une libération. Le personnage, une fille ni trop grande ni trop petite, incarne peut-être cette Marie, à la fois enfant, adolescente et femme.
Au delà de la narration, cette pièce est une expérience poétique, une exploration des émotions brutes. La danse, les mots, la musique, se mêlent pour créer un langage singulier, une poésie viscérale qui touche au plus profond de l’être. Ce spectacle est un témoignage puissant, un cri pour la résilience, une invitation à briser le silence pour les victimes.

Toutes les 3 minutes, un enfant est victime d’agression sexuelle. Filles comme garçons, de tout âge et de tout milieu social confondu, peuvent êtres victimes de violences sexuelles. Il existe plusieurs formes de violences sexuelles au-delà de l’inceste et du viol. Il est important de rappeler qu’il existe des associations telles que France victimes et des numéros verts pour soutenir les victimes et les accompagner dans leurs parcours de reconstruction. En cas de besoin, de doute, victimes ou témoins de violences faites aux enfants, n’hésitez pas à contacter le 119, numéro d’appel national de l’enfance en danger. Ce numéro est gratuit, confidentiel et disponible 24h/24 et 7j/7. De plus, il n’apparait pas sur les factures téléphoniques.
Yamina Berkoun


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